Trouver l’eau sous la terre : au cœur d’un exercice de forage avec les apprentis humanitaires

Chaque année au printemps, les élèves en formation de Responsable de projets eau, hygiène, et assainissement mettent en application les savoirs de l’année dans un exercice grandeur nature.

Photos  : Th. Vidal pour Bioforce.


Dans la garrigue de Lunel, au cœur de la région Occitanie dans le sud de la France, 20 apprentis responsables de projets Eau, hygiène, et assainissement humanitaires s’affairent. Mathilde, 26 ans, manipule une foreuse sous l’œil attentif de son formateur Julien Jadot, aujourd’hui chef de projet risques majeurs dans une commune du Nord, ancien humanitaire et lui-même diplômé de la formation en 2002.

Avec l’aide de ses camarades de classe, elle doit au cours d’un exercice pratique intensif de 48 heures, monter un camp de base. « On doit vraiment mettre la main à la pâte. Pour la première fois, on doit construire des douches et des latrines fonctionnelles ». L’exercice n’a rien de simple et vient parachever des mois d’apprentissage théorique au sein de Bioforce.


Dans la fonction d’un responsable de projets eau, hygiène et assainissement, savoir exploiter les ressources d’eau souterraine est primordiale : elles ont les meilleures garanties de santé publique car elles sont protégées des contaminations bactériennes, donc des potentielles maladies généralement transmises par l’eau.

Pour les exploiter, il faut d’abord les trouver : sur le terrain, un bon professionnel doit pouvoir élaborer les spécifications techniques d’un forage et identifier leurs sites d’implémentation, avant de réaliser ou faire réaliser ces ouvrages. « Les forages sont des ouvrages de haute technicité, explique Cyril Cadier, le coordinateur de la formation Responsable de projets eau, hygiène, et assainissement à Bioforce. Ils sont compliqués à comprendre et à appréhender pour les profanes et doivent être réalisés dans les règles de l’art. Ce sont des ouvrages sensibles qui peuvent être endommagés dès leur réalisation et durant leur utilisation ».

Il est primordial qu’une infrastructure aussi cruciale pour la vie quotidienne des populations soit conçue, réalisée et entretenue avec le plus grand soin par des personnels bien formés.

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"Le forage a un côté emblématique et un peu magique, c’est une grosse machine, on trouve de l’eau."

Julien Jadot, formateur


La formation de 6 mois assurée par Bioforce prend en compte cette réalité et englobe tous les enseignements nécessaires aux étudiants en géologie, hydrologie et hydrogéologie. Cette approche complète se traduit aussi par des activités terrain en région lyonnaise et dans la Drôme provençale. Les étudiants découvrent par exemple la géologie et la « lecture de paysage », tout en pratiquant la géophysique en utilisant les moyens modernes d’analyse du sous-sol. Ces activités pratiques, associées à des cours donnés par des formateurs issus du terrain humanitaire, permettent aux étudiants de comprendre de manière progressive tous les aspects et les enjeux de leur métier.



Pendant l’exercice, les élèves découvrent le matériel, la technicité et les contraintes opérationnelles d’un forage.


C’est au milieu du mois de mai que les élèves, riches de leur nouvelle compréhension de ce qui se passe sous nos pieds, installent un camp de base dans la garrigue, pour réaliser enfin leur tout premier forage complété par une étude de cas. Cet exercice de deux jours est conçu pour donner des éléments opérationnels et techniques pour permettre une appropriation des enseignements. On y apprend aussi comment réaliser un cahier des charges pour externaliser le forage, comme c’est souvent le cas dans le secteur humanitaire.

« C’est un exercice qui motive beaucoup les élèves et c’est très agréable à animer, explique Julien Jadot. Je travaille avec eux en tout début d’année sur le module géologie et en fin de cursus sur cet exercice de forage : c’est un excellent moyen de voir la progression technique et l’évolution du savoir-être de nos élèves. Le forage a un côté emblématique et un peu magique, c’est une grosse machine, on trouve de l’eau. Les élèves mettent en application leurs cours sur comment chercher de l’eau pour le mettre à disposition des bénéficiaires. ». Mathilde abonde, enthousiaste : « C'est super formateur : dans le module eau, le forage est un aspect important, et le mettre en pratique c'est crucial. Voir en pratique comment on fait, comment on creuse et subitement, voir l’eau qui sort, c'est fou ! Les compétences réclamées en eau, hygiène et assainissement sont très techniques et le voir sur le terrain permet de le rendre moins abstrait. Voir des photos c'est bien, mais manipuler le matériel c'est bien mieux ».

L’équipe de Bioforce est appuyée par l’expérience de l’entreprise « Forage Boniface et Fils » : pendant l’exercice, les élèves découvrent le matériel, la technicité et les contraintes opérationnelles d’un forage. « Nos élèves reçoivent l’accompagnement, les astuces et les explications d’un professionnel chevronné et à la renommée internationale, explique le coordinateur de formation. C’est une opportunité unique ! » Julien Jadot complète : « C’est très intéressant de travailler avec Didier Boniface qui est un passionné, avec un côté Géo Trouvetou. Son entreprise détient de nombreux brevets d’innovation, et il travaille beaucoup à améliorer ses outils, ses techniques, ses machines. Au soir du premier jour, on visite ses ateliers pour étudier les outils de travail et la diversité de matériel. C’est un enseignement très riche pour nos élèves ».


Cette opportunité, alliée à l’expertise pédagogique de Bioforce, permet à ces futurs professionnels d’un secteur d’intervention humanitaire vital pour les populations vulnérables, de faire un bond dans leurs compétences pour améliorer leurs conditions d’accès à l’eau. « L’intérêt et la motivation des élèves ne font jamais défaut, explique Julien Jadot, cet exercice laisse entrevoir beaucoup sur leurs futures capacités professionnelles ».